Un ouvrage exceptionnel

 
Intégré dans un paysage remarquablement préservé, le moulin à marée de Boschet représente l'un des plus anciens ouvrages de ce type dans la région. Il était le plus important du département et le dernier à cesser de moudre le blé en 1981. 

Le moulin de Boschet est un des plus anciens ouvrages de ce genre de la région

Entièrement construit en bois, il était déjà en service en 1542. il sera ravagé par un incendie en 1880 et remplacé en 1882 par le moulin actuel.

Fonctionnant à l'origine uniquement grâce à la force de la marée faisant tourner deux roues à aubes, de simple moulin banal jusqu'à la Révolution il deviendra minoterie peu avant 1930 par leur remplacement par une turbine qui actionnera trois paires de meules. Plus tard, les meules seront-elles mêmes remplacées par des cylindres et l'utilisation de l'énergie marémotrice sera définitivement abandonnée en 1947. Un moteur diesel fournira l’énergie au aux différents mécanismes jusqu’en 1957. 

Le moulin sera classé  monument historique le 15 décembre 1986. 

L'abandon de son exploitation l'a vu se détériorer au cours des ans, malgré les efforts entrepris par son propriétaire qui l'avait racheté en 1945. Le bâtiment principal s'élevant en murs constitués de schistes et de moellons était flanqué d'une partie en bois du pays, sur pilotis, dont la dégradation s'est accélérée sous l'action de tempêtes successives. Sa déconstruction a été rendue nécessaire pour des raisons de sécurité.

 


Un patrimoine unique

Un Héritage Millénaire

L'histoire fascinante des moulins à marée est un voyage à travers les époques qui révèle l'ingéniosité humaine et l'exploitation ingénieuse des ressources naturelles pour répondre à des besoins essentiels. Cette saga technologique débute dans l'Antiquité, où les premiers moulins à eau ont vu le jour en Égypte et en Grèce. À cette époque, ces structures innovantes étaient déployées pour tirer parti des cours d'eau, non seulement pour moudre le grain, mais aussi pour pomper de l'eau, une ressource vitale pour les communautés florissantes de l'époque.

Les Romains, connus pour leur expertise en génie civil, ont poussé encore plus loin cette technologie, perfectionnant les moulins à eau et les intégrant à leur vaste empire. Ils ont exploité ces machines pour extraire le sel, broyer le grain et drainer les marais, contribuant ainsi à la croissance et à la prospérité de leurs colonies.

À l'aube du Moyen Âge, l'Europe a été témoin de l'apparition des moulins à marée, notamment le long des côtes britanniques, françaises et hollandaises. Ces moulins ont alimenté diverses industries, participant activement à l'économie en pleine croissance de l'époque. Au fil des siècles, des améliorations technologiques majeures ont vu le jour, notamment l'introduction de roues à aubes et de systèmes de régulation sophistiqués, permettant ainsi une exploitation encore plus efficace de l'énergie marémotrice.

Les XVIIIe et XIXe siècles ont marqué l'apogée de l'utilisation des moulins à marée en Europe, avec de nombreuses villes côtières comptant plusieurs de ces installations en opération. Toutefois, cette ère de prospérité a été éclipsée par l'avènement de la machine à vapeur au XIXe siècle. Cette nouvelle source d'énergie, plus stable et contrôlable, a progressivement supplanté les moulins à marée, déclenchant ainsi leur déclin.

A la fin du XIXe siècle en Europe, la plupart était abandonné ou converti à d'autres usages à mesure que les industries évoluaient. Cependant, dans des régions éloignées ou isolées, certains moulins à marée ont persisté en tant que sources d'énergie locales, rappelant ainsi leur importance historique.


Aujourd'hui, certains moulins à marée historiques ont été soigneusement restaurés et préservés en tant que sites patrimoniaux, témoignant de leur rôle essentiel dans l'histoire de l'exploitation des énergies renouvelables. 


Une Révolution Technologique

Au cœur du XVIe siècle, une révolution technologique émergeait le long des côtes européennes, transformant la manière dont la farine était produite : les moulins à marée. Ces remarquables constructions, véritables emblèmes de la Renaissance, ont su exploiter astucieusement l'énergie des marées pour répondre aux besoins essentiels d'une société en pleine mutation.

Positionnés stratégiquement, ces moulins à marée étaient soigneusement implantés dans les estuaires, les rias ou les baies, à proximité des ports et des centres urbains. Le choix de leur emplacement revêtait une importance cruciale pour maximiser le potentiel énergétique des marées, faisant d'eux de véritables piliers de la révolution industrielle de l'époque.

Pour tirer parti de l'énergie marémotrice, une digue  dotée de portes et d'écluses sophistiquées créaient une retenue appelée Grenier à Eau. Ces dispositifs maîtrisaient habilement le flux de l'eau de mer, permettant un contrôle précis de cette source d'énergie naturelle.

Lors de la montée de la marée, la porte Mère implantée dans la digue s'ouvrait automatiquement. A l'étale, cette porte se refermait, emprisonnant ainsi l'eau de mer dans le bassin de retenue. Au jusant, le meunier ouvrait alors les vannes du coursier, permettant à l'eau de faire tourner la (ou les) roue à aube, transformant l'énergie potentielle en énergie cinétique.

Le mouvement de l'eau actionnait ces roues, transférant la puissance mécanique par des engrenages et des arbres de transmission jusqu'au mécanisme de broyage.

Le mécanisme de broyage du XVIe siècle permettait de broyer les grains pour produire de la farine, une ressource vitale à une époque où le pain constituait l'aliment de base. 

La régulation précise des vannes des coursiers était essentielle pour garantir un débit d'eau optimal à travers les roues à aubes, assurant ainsi une mouture efficace et une production régulière de farine.

Ces moulins à marée du XVIe siècle ne se limitaient pas à être de simples machines.  En jouant un rôle crucial pour fournir une source vitale de nourriture pour nos cités cotières,  ils incarnaient également l'ingéniosité et le progrès de la Renaissance


Un Enjeu pour l'Environnement

Dans un monde où la préservation de l'environnement est devenue une priorité cruciale, la sauvegarde des anciens moulins à marée apparait comme une opportunité unique de conjuguer histoire et durabilité. Ces trésors du passé peuvent offrir une multitude de bienfaits potentiels pour l'environnement, renforçant ainsi notre engagement envers une planète plus verte.
Héritage Culturel : La sauvegarde des anciens moulins à marée permet de préserver notre patrimoine culturel, témoignant du génie de générations passées.
Utilisation Rationnelle de l'Espace : La préservation des moulins à marée évite la conversion de terres en nouvelles infrastructures, préservant ainsi les espaces naturels.
Préservation des Écosystèmes Marins : Les moulins à marée restaurés créent des habitats pour la faune, favorisant ainsi la biodiversité.
Protection Côtière : Les bassins de retenue des moulins à marée peuvent servir de barrières naturelles contre l'érosion côtière et les inondations.
Pédagogie Environnementale : Les moulins restaurés peuvent servir de centres d'éducation environnementale, sensibilisant les gens à l'importance de la durabilité.
Conservation des Zones Humides : La rétention d'eau dans les bassins de marée peut soutenir les zones humides avoisinantes, des écosystèmes essentiels.
Écotourisme : Les moulins à marée restaurés peuvent attirer les visiteurs et soutenir l'industrie de l'écotourisme local.
Recherche Environnementale : Les moulins à marée peuvent être utilisés pour mener des recherches environnementales sur les marées et les écosystèmes côtiers.
Soutien à l'Aquaculture : Les installations de moulins à marée peuvent soutenir l'industrie de l'aquaculture en offrant des conditions d'eau optimales.

La sauvegarde des anciens moulins à marée incarne la possibilité d'harmoniser histoire et environnement. Ces joyaux historiques, une fois restaurés, offrent un éventail d'avantages environnementaux, renforçant notre engagement envers un avenir durable. Il est donc impératif que nous continuions à préserver ces trésors pour les générations futures.

*Image illustration Ouest France 
Pays de Dinan. Cinq espèces d’oiseaux à observer près de la Rance (ouest-france.fr) 


De la meule au moulin

 

Il s’avère que pour se nourrir l’être humain dès Cro-magnon a commencé par écraser une matière brute pour en faire une matière fine ou un liquide afin de mieux la consommer ou la transformer.

Donc avant la  meule, on ne moud pas mais on broie, on écrase, on pile principalement pour se nourrir.

La mouture est obtenue par un mouvement horizontal sur une pierre.

Les broyeurs du moustérien (époque de l’homme de Néandertal qui a disparu il y a plus de 30 000 ans) et les pierres du Châtelperronien (45 000 à 38 000 ans avant JC) peuvent être considérées comme les premiers instruments de mouture. 

Progressivement la technique du broyage s'améliore pour aboutir aux meules. 

Mais attention ! Les meules primitives ne tournent pas ! 

L’origine des mots : meule, moulin, meunier, molaire vient du latin molinarum ou mola qui signifie Grosse pierre et n’implique de mouvement de rotation ! 

On broie en faisant se frotter l’une contre l’autre deux pierres.  

Plusieurs inventions successives amènent ces pierres sur une table, améliorent le mouvement toujours en va et vient, et permettent de régler l’écartement des pierres.

Le moulin d’Olynthe ou plutôt les meules d’Olynthe au début du Vème siècle av JC marque une avancée technique importante : on n’est plus a quatre pattes et on ajoute un manche articulée à la pierre du dessus ! 

Les pierres relativement brutes deviennent meules et le mouvement circulaire commence par l’adoption des auges à broyer, on utilise la force animale et aussi celle des esclaves.

En Europe les meules à bras ou entrainées par la force animale sont restées en activité jusqu'à la fin du moyen âge  - on appelait ça d’ailleurs des meules de sang !

Pour l’instant on a donc la meule ou les meules mais pas encore le moteur !

En parallèle  s’est développé un système tournant qui utilise la force du vent et du courant :  le fameux moulin.

Les premiers moulins n’ont pas été inventés à l’origine pour moudre des céréales mais comme un puissant moyen mécanique pour irriguer ou pomper : on a de fait inventé un moteur (n’a-t-on pas un moulin dans sa voiture ?). Attention on ne parle que de puissance de l’ordre de 30/ 50 cv, maxi 100cv.

La grande évolution dans la mouture va être déclenchée par l’adaptation du moulin aux meules. Ou des meules au moulin ! 


Un moulin à tout faire !

 

Les premiers moulins à vent seraient apparut d’abord en Orient, en Egypte ancienne ou bien en Perse et ce dès 600 ans avant JC. 

 Ce qui est sûr c’est que les moulins à eau, eux,  étaient déjà  bien utilisés dès l’Antiquité.
 

Le moulin a ensuite, et assez naturellement, été utilisé pour moudre des céréales …   mais pas que :

On peut moudre aussi des noix pour en faire de l’huile,  mais aussi moudre les sucres, les cacaos ou cafés, le sel, les condiments, les tissus, les tans, le plâtre, le tabac...

Le chanvre est broyé en teille (teiller : séparer les fibres d’une plante des parties ligneuses, le but étant d’en faire une corde).

On trouve ainsi en parcourant nos monts et vallées des moulins à couleur pour les pigments (quid du moulin de vaucouleur au Minihic sur Rance ?), des moulins qui produisent de l’électricité, des moulin à épuiser ou pomper, des moulins pour broyer le minerai, des moulins entrainant des marteaux pilons et actionnant des forges ou des scieries et quelques fois des utilisations mixtes scierie et électricité...

On trouve aussi des applications plus particulières comme la Machine hydraulique de Marly,  gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine destiné à l’alimentation hydraulique des jardins du château de Marly et du parc de Versailles.

Pour l’anecdote les moulins et leurs ailes ont également servi comme poste d’observation (duc d’aiguillon au débarquement des anglais à Saint Cast) 

 et de transmission de messages surtout à la révolution. 
Pour transmettre des messages (le langage des ailes) avant le télégraphe de Chappe, les bateliers du Bac de Dinard au 18e siècle observaient les ailes des moulins à vent pour savoir si la force du vent les autorisait à rester à quai.

 

Rappelons qu’il existe deux types de moulins, le moulin à vent et le moulin à eau. 

On a  trois sortes de moulin à vent : 

  • le moulin tour (c'est le toit qui bouge.) 
  • le moulin pivot (c'est le corps qui bouge) 
  • et le moulin cavier (un mélange des deux autres) 


Quant au moulin à eau, contrairement à son cousin qui se trouve en haut des collines,  il est situé plus bas dans le lit d’une rivière ou d’un fleuve. 

Des roues à aubes puis plus tard des turbines entrainent arbres, engrenages et courroies, tout un ensemble de meules et accessoires de mouture. 

Le moulin peut aussi être implanté à l’embouchure d’une ria et fonctionner grâce à l’amplitude de la marée :

C’est le moulin à marée ou moulin mer 

Un type de moulin particulier est à noter : c’est le moulin nef ou moulin bateau qui comme le nom l’indique est flottant, d’allure catamaran ou prao, il est ancré au bon endroit, est mobile et est actionné par le courant du fleuve ou de la rivière.